Dans les articles de tactique précédents, trouvés ici et ici, je me suis concentré sur les regroupements et les différentes façons dont les pods sont utilisés. Dans cet article, je vais plutôt regarder la fascinante bataille tactique qui s’est déroulée dans le dernier épisode de la Coupe Calcutta.

L’Écosse a produit une magnifique performance pour battre l’Angleterre à Murrayfield. Ils ont exposé l’Angleterre d’une manière que même les Irlandais n’ont pas réussi à Dublin l’année dernière. Cependant, à la fin du match, l’Angleterre avait déjà trouvé certaines solutions aux défis posées par l’Écosse dans la première mi-temps. Dans cet article, je vais me concentrer sur 4 domaines où l’Écosse a défié l’Angleterre.

Problème 1 – L’Écosse contourne la pression anglaise

Selon Brian O’Driscoll, la défense anglaise a l’avance la plus rapide du monde. Jonathan Joseph,au deuxième centre, est la clé de ce système. Eddie Jones a déclaré lors de la conférence de presse avant le match que sa défense est la raison pour laquelle Joseph est choisi plutôt que Ben Te’o. La plupart des équipes font de la forte pression avec les 3 joueurs les plus proches de la mêlée. Certaines équipes utilisent jusqu’à 5 joueurs pour cette pratique. L’Angleterre procède souvent avec toute la ligne, ne laissant que les ailiers en arrière.

Joseph sait quand mener cette pression et quand il doit tourner ses épaules et se décaler. Plus une équipe presse rapidement, plus les joueurs doivent être proches pour éviter le franchissement de la ligne. En conséquence, la pression anglaise peut parfois devenir étroite. Cela rend l’Angleterre vulnérable à l’écart.

Scotland v England. Calcutta Cup 2018.

Sur la photo, nous voyons un pod de 3 joueurs menée par Jonny Gray (5). Finn Russell (10) est derrière le pod. Joseph est le 7ème joueur de l’Angleterre le plus éloigné de la mêlée. D’autres équipes se décaleraient ici, mais l’Angleterre presse. Gray remonte jusqu’à Finn Russell qui passe le ballon par dessus Jonathan Joseph (13 Anglais) à Huw Jones (13 Écossais, hors de l’image). L’Écosse était assez courageuse pour rester au fond de leur champ et contourner (ou dans ce cas là, passer le ballon par dessus) la pression de Joseph. C’est là que la majorité de leurs mètres parcourus est survenue pendant le match. Cette phase de jeu a entraîné un gain de 50 mètres et un essai pour Sean Maitland. 2 phases plus tard

La solution?

A la mi-temps, l’Angleterre a changé d’alignement défensif. Ils ont légèrement ralenti leur vitesse de ligne, défendu comme une ligne plus droite et ont force l’Écosse à effectuer plus de plaquages. Les Écossais se sont montrés totalement incapables de le faire et ont marqué seulement 3 points pendant la deuxième mi-temps. À l’avenir, l’Angleterre a simplement besoin de interpréter la façon dont une attaque tente de les exploiter et doit changer de système défensif plus rapidement.

Problème 2 – L’Écosse attaque les regroupements de 2 joueurs

Comme expliqué dans une magnifique série d’articles de Conor Wilson, commençant par celui-ci, l’Angleterre utilise un système 1-2-2-2 avec un homme libre. Cette configuration d’attaque repose sur le fait que leurs avants sont assez rapides pour se mettre en position avant que la défense adversaire soit correctement organisée. Cela permet à l’Angleterre de produire beaucoup de passes rapides à partir des regroupements de deux hommes. L’Angleterre est capable d’accélérer le jeu encore plus et cela conduit à un cercle vicieux où il y a toujours plus de trous dans une défense.

L’Écosse a annulé ce système en utilisant à la fois Hamish Watson et John Barclay. Cela les a laissés à court de troisième lignes capables de franchir la ligne d’avantage dans la deuxième mi-temps. Cependant, cela a aussi permis à ces deux experts en matière de grattage de ralentir et de démonter les regroupements anglais affaiblis. Cela expose la faiblesse de tout le système d’attaque Anglais. Si on arrive pas à se mettre en place avant que la défense soit prête, on risque un grattage parce que on n’a qu’un seul homme pour déblayer le gratteur. Cela a été empiré par l’Ecosse s’adaptant mieux au style d’arbitrage de Nigel Owens.

Scotland v England. Calcutta Cup 2018.

Sur la photo, on voit John Barclay (6) sur le ballon dans son propre 22 mètres. Chris Robshaw (7) est le seul avant anglais visible. Il a raté sa tentative de déblayer Barclay et essaye maintenant de ramener le troisième ligne des Scarlets au sol. 5 avants écossais sont visibles. Ils se rendent compte qu’il n’est pas nécessaire d’aller dans le regroupement et de compliquer la situation pour l’arbitre. Barclay gagne une pénalité et la pression est enlevée une fois de plus. L’Écosse a gagné 97% de leurs regroupements. L’Angleterre a seulement réussi 91%, cédant 13 grattages. Cela a été un facteur important dans le résultat du match.

La solution?

Au cours de la deuxième mi-temps, vous avez peut-être remarqué que l’Angleterre pouvait soudainement enchaîner plusieurs phases, presque pour la première fois dans ce match. L’Écosse était encore capable d’effectuer des grattages, mais ceux-ci arrivaient après 15 phases plutôt que 5.

Après le carton jaune de Sam Underhill, l’Angleterre a ajusté son alignement pour avoir des meilleurs ressources dans le regroupements. Cela a été fait simplement en rapprochant leurs deux pods. Afin de maintenir la largeur d’attaque, ils ont eu besoin des passes plus longues a partir de la base des regroupements. Une grande partie des mètres parcourus et possession se sont produit pendant la période de jeu quand ils avaient que 14 joueurs .

L’Angleterre a simplement besoin d’identifier et de s’adapter plus rapidement lorsqu’une opposition ralentit et gratte le ballon. Sam Underhill a également fait une différence dans ce domaine, mais le vrai changement s’est produit en réaction à son départ du terrain.

Scotland v England. Calcutta Cup 2018.

La photo est du début du jeu. Il montre à quel point le pod de 2 hommes de Dylan Hartley (2) et de Maro Itoje (5) est isolé. Dans ce cas, George Ford (10) passe à Owen Farrell (12). Le pod Hartley-Itoje arrive à déblayer Hamish Watson lors du regroupement suivant. Cela entraîne une pénalité pour l’Angleterre. Si Ford avait passé à ses avants, l’Angleterre aurait risqué d’avoir le ballon gratté à la place.

Problème 3 – L’Écosse défend superbement le maul

La France a beaucoup profité du maul déroulant lors de son match contre l’Écosse. C’était une tactique évidente a essayer de reproduire par l’Angleterre. C’est un domaine où l’Angleterre est raisonnablement forte, au moins historiquement. C’était une tactique raisonnable à essayer. Pourtant, l’Écosse a extrêmement bien défendu le maul.

L’Ecosse était disposée à céder lentement du terrain pour créer une opportunité de casser le maul anglais. Une partie de cette perturbation a été faite légalement, mais dans d’autres cas, les joueurs ont été autorisés à contourner le maul. Ils ont pu se lier au porteur du ballon et de forcer des grattages ou de pousser l’Angleterre en touche. L’Écosse a forcé plusieurs alignements profondément dans le domaine anglais. Quand l’Angleterre a essayé de forcer des pénalités, l’Écosse est restée disciplinée et a forcé l’Angleterre à frapper à la place.

Scotland v England. Calcutta Cup 2018.

Ici, nous voyons l’Angleterre abandonner enfin le maul déroulant. À la place, Mako Vunipola (1) porte simplement le ballon suite à un alignement. Il fait environ 10 mètres. La défense Écossaise s’attend à ce que l’Angleterre attaque le côté ouvert avec George Ford. L’Angleterre a été dangereuse suite aux alignements dans cette 6 Nations. Ils ont marqué un essai de façon similaire en 2 phases contre l’Italie. Cette fois, pourtant, l’Angleterre utilise le côté fermé avec Owen Farrell, qui marque l’essai sans problème.

La solution?

Parfois, l’opposition a simplement tout compris. L’Angleterre aurait dû se rendre compte que cette tactique ne payait pas au jour et aurait dû choisir d’autres options. Personnellement, j’aimerais voir plus de mouvements d’attaque directs à partir des alignements. L’essai d’Owen Farrell est un exemple bien travaillé de ceci. L’Angleterre aurait pu bénéficier d’abandonner beaucoup plus tôt les mauls déroulants.

Problème 4 – L’Écosse réagit aux erreurs défensives

L’Écosse est devenue de plus en plus dangereuse à mesure que ses instincts attaquants deviennent plus pointus. Gregor Townsend, Vern Cotter et Dave Rennie peuvent tous se féliciter de la transformation du rugby écossais. Le deuxième essai de Huw Jones dans ce jeu est plus compliqué qu’il n’y paraît.

Scotland v England. Calcutta Cup 2018.

Sur la photo, on voit Nathan Hughes (8) et Owen Farrell (12) à environ 7 mètres l’un de l’autre. Nous voyons Mako Vunipola (1) qui peine a maintenir la ligne de défense à l’intérieur de Nathan Hughes. On voit Jonathan Joseph (13) avertir Owen Farrell que l’Écosse passera probablement le ballon en arrière à Grant Gilchrist ou à Finn Russell. Il voit que la défense intérieure a des ressources et veut que Farrell s’en prenne à Russell.

Du côté de l’Écosse, on voit Grant Gilchrist, les mains en l’air, prêt pour le recul. C’est ce que Joseph a remarqué. Nous voyons que Russell a Stuart Hogg (15) à son extérieur. Il a déjà Huw Jones (13) pour l’inquiéter. Joseph veut que Farrell coupe Russell et force l’Écosse à l’intérieur.

Huw Jones remarque le petit écart entre Farrell et Hughes. Il passe avec force dans cet écart. Sa vitesse lui permet de bien marquer. La plupart des gens supposeront que l’Angleterre a simplement raté un plaquage. C’est plus compliqué qu’il n’y paraît. L’alignement de l’Écosse autour du ballon a créé tellement de possibilités qu’ils ont provoqué un moment d’indécision dans la défense anglaise. L’Écosse était assez bonne pour l’exploiter sans pitié.

La solution?

Il n’y a pas grand-chose qu’une équipe puisse faire contre un jeu offensif de haute qualité. Farrell aurait dû être plus serré, et l’Angleterre aurait dû appeler un homme en plus de ce côté de la défense. Des erreurs comme celles-ci sont généralement ratés par tout le monde sauf les entraîneurs. Malheureusement pour l’Angleterre, cette fois-ci, l’Écosse était consciente des possibilités qu’elle avait créées.

Conclusions

L’Écosse était remarquable dans plus de domaines que ce que j’ai couvert dans cet article. Leur mêlée était aussi bonne que l’anglaise, ils étaient supérieurs en ce que concerne le gain de territoire par coup de pied et ont bien géré les coups de pied d’attaque de l’Angleterre. Ils avaient un plan de jeu très clair et l’ont exécuté presque parfaitement. Ils ont neutralisé le jeu offensif de l’Angleterre en utilisant deux spécialistes en regroupements et ils ont réussi à inverser la vitesse de la ligne anglaise contre eux. L’Angleterre a commencé à déterminer comment s’ajuster, mais au moment où les changements ont été effectués, il était trop tard.

Author: Daniel Pugsley

I am a 31 year old from Yorkshire, England. I have played social rugby for 25 years in England, Japan, Italy, Poland and the UAE. I play for Abu Dhabi Harlequins 3rds and coach the U6s where my daughter plays. I teach English as a foreign language, which explains why I’ve lived in so many places. I am new to sports writing, but why should the Quins lads be the only ones to suffer my ramblings!

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